L'Allemand            

La langue allemande (Deutsch en allemand) est une langue indo-européenne appartenant à la branche occidentale des langues germaniques. "Germanique" et "allemand" ne sont donc pas synonymes. Le terme germanique "theut-" [ðeut-] signifie "peuple" et le nom des Teutons en dérive. Son dérivé "theutisk" a donné en allemand "deutsch" et en français les mots "tudesque" et "thiois" ; en italien "allemand" se dit "tedesco", et en danois "tysk". Il est aussi à l'origine du mot anglais "Dutch" qui signifie abusivement "hollandais", bien qu'aux États-Unis certains dialectes allemands soient appelés "Dutch". La racine theut- ("peuple") est d'origine indo-européenne, et on la retrouve en gaulois touta ("peuple") et en breton tud ("les gens"), ainsi qu'en latin totus (le "tout", "tous").

Le terme français "allemand" provient du peuple des "Alamans" dont le nom, des mots "all-" (tous) et "mann-" (hommes), signifiait "regroupement de tous les hommes". En effet, au début du premier millénaire les peuples germaniques se regroupaient en ligues; les Alamans constituaient une ligue, de même que les Francs en constituaient une autre.

L'allemand est la langue la plus parlée au sein de l'Union européenne, avec plus de 100 millions de locuteurs. Allemand est aussi un terme linguistique, dans bas-allemand, moyen-allemand et haut-allemand, où il n'a pas le sens de "nationalité" mais celui de famille linguistique, et où "bas" signifie "nord" (bas-Rhin, ou proche de la mer), et "haut" signifie "sud" (haut-Rhin, ou plus haut géographiquement). L'allemand standard fait partie du haut-allemand.

Répartition géographique

Note : que l'allemand soit devenu langue officielle dans certains États. des États-Unis d'Amérique est une rumeur infondée.allemagne germany

Populations germanophones, c'est-à-dire parlant l'allemand standard ou l'un de ses dialectes, classées par nombre estimé de locuteurs.
Pays Nombre de locuteurs Remarque
Allemagne 82 250 000 langue officielle
Autriche 8 123 000 langue officielle
Suisse 5 200 000 langue co-officielle
États-Unis 2 000 000
Brésil 1 900 000
France 1 400 000
Russie 850 000
Kazakhstan 350 000
Italie 300 000 langue régionale
Argentine 300 000
Luxembourg 300 000 langue co-officielle
Paraguay 250 000
Canada 250 000
Pologne 190 000
République tchèque et Slovaquie 150 000
Australie 150 000
Hongrie 145 000
Mexique 140 000
Chili 100 000
Kirghizstan 100 000
Belgique 71 000 langue co-officielle
Roumanie 70 000
Bolivie 50 000
Afrique du Sud 45 000
Ouzbékistan 40 000
Pays-Bas 40 000
Ukraine 38 000
Équateur 32 000
Liechtenstein 30 000 langue officielle
Namibie 30 000 langue co-officielle régionale
Uruguay 28 000
Danemark 20 000
Slovénie 20 000
Croatie 11 000
Belize 10 000
Moldavie 7 000
Lettonie 4 000
Lituanie 2 000
Togo 1 500

Langues dérivées

 

germany cours allemand

Développement de l'aire linguistique allemande à travers le temps.

 

Histoire

Première mutation consonantique

Avec la première mutation consonantique (erste germanische Lautverschiebung) aux environs du Ve siècle av. J.-C., naissait le germanique commun à partir d'un dialecte indo-européen. Cette transformation explique des différences entre les langues germaniques (plus l'arménien) et les autres langues indo-européennes. On peut, pour simplifier, présenter les faits ainsi :

Pour résumer, on a :

Seconde mutation consonantique

On commence à parler de langue allemande (ou, en linguistique "haut-allemand") lorsque les dialectes parlés dans le Sud-Ouest de l'Allemagne subirent la seconde mutation consonantique (zweite germanische Lautverschiebung ou hochdeutsche Lautverschiebung, que l'on situe grosso modo vers le VIe siècle), au cours de laquelle la langue commença à se différencier des dialectes du nord (Niederdeutsch, bas-allemand).

Cette modification phonétique explique un certain nombre de différences entre l'allemand actuel et, par exemple, le néerlandais ou l'anglais :

pour résumer, *k / *p / *t -> ch / pf (ou f) / ts (ou s)

Les dialectes du nord, qui n'ont pas ou peu subi cette 2nde mutation phonétique, sont qualifiés de bas-allemand. Cette appellation est jugée abusive par certains linguistes, notamment néerlandais (qui ne sont pas "allemands"). Mais le terme "allemand" n'est ici qu'un terme linguistique, un peu comme "roman", "slave" ou "scandinave".

Nota bene: "bas" signifie "nord" (bas-Rhin, ou proche de la mer), et "haut" signifie "sud" (haut-Rhin, ou plus haut géographiquement).

Moyen Âge

Entre le Xe siècle et le XVe siècle eut lieu une diphtongaison dans les parlers du Sud-Ouest concernant l'articulation en deux phonèmes de ei, eu et au. Cela explique à nouveau certaines différences entre l'allemand standard et, par exemple, le néerlandais (les lettres dans les parenthèses expliquent la prononciation en utilisant la langue française):

Contrairement aux États voisins, les contrées germaniques sont restées morcelées (Kleinstaaterei) au cours de l'ensemble du Moyen Âge contribuant au développement de dialectes très différents et, parfois, mutuellement inintelligibles. Un premier pas vers une langue interrégionale correspond au Mittelhochdeutsch poétique des poètes de cour vers le XIIIe siècle, bien que l'influence sur la langue vulgaire fût quasiment nulle, en raison de la faible alphabétisation. Aussi les régions germaniques restèrent-elles longtemps coupées en deux régions linguistiques :

Influence de la Réforme

En 1521, Martin Luther traduisit le Nouveau Testament dans cet allemand standard en développement et en 1534, l'Ancien Testament. Bien que Luther ne fut pas, comme il fut considéré autrefois, le pionnier dans l'établissement d'une langue interrégionale — en élaboration depuis le XIVe siècle — il n'en reste pas moins que la Réforme contribua à implanter l'allemand standard dans les administrations et les écoles, y compris dans le Nord de l'Allemagne qui finit par l'adopter.

Mais, jusqu'au début XIXe siècle, le Hochdeutsch resta une langue souvent écrite, que beaucoup d'Allemands, en particulier dans le Sud, apprenaient comme une langue étrangère.

L'allemand en Europe centrale

Avec la domination de l'Empire austro-hongrois en Europe centrale, l'allemand y devint la langue véhiculaire. En particulier, jusqu'au milieu du XIXe siècle, les marchands et, plus généralement, les citadins y parlaient l'allemand, indépendamment de leur nationalité : Prague, Budapest, Bratislava, Zagreb et Ljubljana constituaient des îlots germanophones au milieu des campagnes qui avaient conservé leur langue vernaculaire.

Normalisation de l'orthographe et de la grammaire

Johann Christoph Adelung publia en 1781 le premier dictionnaire allemand exhaustif, initiative suivie par Jacob et Wilhelm Grimm en 1852. Le dictionnaire des frères Grimm, publié en seize tomes entre 1852 et 1960, reste le guide le plus complet du vocabulaire allemand. Cette normalisation progressive de l'orthographe fut achevée grâce au Dictionnaire orthographique de la langue allemande de Konrad Duden en 1880, qui fut, à des modifications mineures près, déclaré comme référence officielle dans la réforme de l'orthographe de 1901.

Écriture

L'allemand s'écrit avec les 26 lettres de l'alphabet latin, trois voyelles surmontées d'un Umlaut (sorte de tréma) ä, ö et ü, et un symbole graphique spécial ß, eszett (ligature de « s » et de « z ») ou scharfes S, utilisé en lieu et place de ss dans certains cas (principalement après une voyelle longue ou une diphtongue). La Suisse n'utilise plus le ß depuis les années 1930. Jusque dans les années 1940, l'allemand était imprimé en écriture gothique (Fraktur) et écrit en sütterlin, qui sont différentes versions de l'alphabet latin.

Orthographe

L'orthographe allemande se déduit en général de la prononciation et d'un minimum de connaissances. Il est toutefois à noter que les fortes disparités régionales au niveau de la prononciation peuvent rendre la tâche ardue. Les principales difficultés orthographiques de l'allemand résident dans :

Afin de supprimer une partie des difficultés décrites ci-dessus, les représentants allemands, suisses et autrichiens convinrent d'une réforme de l'orthographe. Elle est entrée en vigueur en 1998 en Allemagne et est devenue obligatoire à partir de la mi-2005. La dernière réforme datait de 1901 et portait entre autres sur la suppression du h dans Thor et sur l'ajout du e pour les voyelles longues et accentuées dans la conjugaison des verbes, par exemple kritisirt -> kritisiert).

Les principaux changements concernent :

Cette réforme rencontre une forte critique en Allemagne. Le Land de Schleswig-Holstein a voté le retour à l'orthographe traditionnelle en 1998 (décision annulée pourtant par le parlement régional) et certains journaux et éditeurs ont depuis décidé de revenir à la graphie conventionnelle.

Prononciation

Contrairement a des langues telles que l'anglais, l'allemand classique (Hochdeutsch) se prononce de manière assez conforme au texte écrit, hormis pour les mots d'emprunt. Presque toutes les voyelles se prononcent clairement, voire longuement, même sans indications.

Toutefois, les francophones qui apprennent l'allemand rencontrent généralement quelques difficultés, listées ci-dessous.


Tous les sons n'y figurant pas se prononcent toujours de la même manière qu'en français (a, b, d, f, i, k, l, m, n, o, p, ph, q, r, t, x). Le son [k] composé de c et h existe également en allemand : Christ, écho…

Lettres à Umlaut (notre "tréma" français)

Les Umlauts indiquent également l'accentuation. Ils marquent souvent le pluriel ou le diminutif (avec "-chen" et "-lein") des mots.

Lorsque les Umlauts ne sont pas permis (clavier étranger, Internet…), ils sont représentés par "e" : ae pour ä, oe pour ö, ue pour ü.

En Alsace, le remplacement des Umlauts est fréquent : Koenigshoffen (quartier de Strasbourg), le Haut-Koenigsbourg (un château fort)…


Lettres


Sons composés

Il faut bien veiller à ne prononcer qu'un son et pas deux sons distincts pour les combinaisons de deux voyelles : par exemple, pour la combinaison EI, il faudra prononcer ail (ou I et le i de knife) et non de na|ïf. Le son français OI est l'exemple même : on se prononce pas directement OU|A.


- übersetzen = traduire (passé composé : übersetzt)
- übersetzen = traverser un fleuve, aller sur l'autre rive (p.c. : übergesetzt).
- Du bist ein Ass = Tu es un as !
- Du bist ein Aas = Tu es un salaud ! (littéralement "une charogne")

Tableau synthétique de la prononciation de l'allemand
Les consonnes
b c ch ck d dt dsch f g h j
[b], [p] [k], [t͡s] [ç], [x], [k] [k] [d], [t] [t] [] [f] [g], [k], [ç] [h], [ː] [j], [ʒ]
k l m n ng p pf ph qu r
[k] [l] [m] [n] [ŋ] [p] [pf] [f] [kv] [ʁ], [ʀ], [ɐ]
s sch ß (ss) t ts, tz tsch v w y z
[z], [s], [ʃ] [ʃ] [s] [t] [ts] [] [f], [v] [v] [y], [j], [i] [ts]
Les voyelles
courtes a ä e er i o ö u ü
[a] [ɛ] [ɛ] [ɐ] [ɪ] [ɔ] [œ] [ʊ] [ʏ]
longues a, aa, ah ä, äh e, ee, eh i, ie, ih o, oo, oh ö, öh u, uh ü, üh
[] [ɛː] [] [] [] [øː] [] []
diphtongues ai, ay, ei au äu, eu
[ai] [au] [ɔi]*

* [ɔi] est parfois retranscrit en [ɔy].

Conjugaison

Le principe de la conjugaison allemande est assez proche du principe de la conjugaison française. Les différences notables sont :

En ce qui concerne la morphologie, les deux principaux types de verbes sont

Parmi les verbes irréguliers se rangent également les auxiliaires de mode (können, pouvoir ; dürfen, avoir le droit; etc.), qui sont employés dans un nombre important de contextes différents.

 

Déclinaison

La déclinaison allemande comporte quatre cas, le nominatif, l'accusatif, le datif et le génitif, auxquels s'ajoutent trois genres, le masculin, le féminin et le neutre ainsi que deux nombres, le singulier et le pluriel.

Le porteur essentiel de la marque de déclinaison est le déterminant, secondé par l'adjectif épithète.

Les déclinaisons sont employées :

Agglutination

La langue allemande peut se passer d'article au génitif en plaçant côte à côte deux mots (déterminants + déterminé) - ou même beaucoup plus. L'allemand est même connu pour sa capacité à former des composés de grande longueur que les Allemands eux-mêmes appellent par dérision Bandwürmer (vers solitaires)...

Exemples :

Cette « agglutination », qui se distingue de celles des langues agglutinantes, ne se limite pas au couple objet possédé-possesseur (du type Kapitänsmütze = casquette de capitaine) mais aussi à toutes sortes de relations :

En français, la possession marquée par « de » a plusieurs sens qui se rendent en allemand de trois manières distinctes :

Il faut savoir avant tout qu'en allemand, le premier mot dans un mot composé est, comme l'adjectif qui précède le sujet, moins mis en avant que s'il est placé après le sujet.

Prenons le titre du 3e tome de la bande dessinée Broussaille, La nuit du chat. Dans le titre (et dans l'histoire), l'élément (et le sujet) important est le chat, connu et recherché. C'est la nuit du chat, qui "appartient" au chat.

On va donc préférer la traduction Die Nacht der Katze (La nuit du chat) à Die Katzenacht (La nuit des chats). Dans cette dernière expression, c'est l'élément nuit (Nacht) qui est visé. Or, généralement, dans l'expression "La nuit des chats", les chats ne sont pas tous connus et ne sont pas comptés, on n'insiste donc pas dessus (sinon, il y aurait peut-être un nombre, comme par exemple "La nuit des TROIS chats", "Die Nacht der DREI Katzen"), et le sujet visé devient ainsi la nuit. C'est dans ce cas qu'il serait préférable de traduire La nuit des chats par Die Katzenacht (l'élément important se situant toujours à la fin du mot composé - le n marquant le pluriel de Katzen et avalé par le n du début du mot Nacht ; ainsi, "die Katzenacht" signifie aussi bien "La nuit du chat" que "La nuit des chats").

Cependant, il est toujours possible d'écrire Die Nacht der KatzeN (La nuit des chatS) s'il s'agit de la nuit "appartenant" aux chats (le titre initial, sauf que le sujet "chat" est au pluriel).

Autre exemple plus rapproché de la syntaxe française : Dans "Nuits dans les jardins d'Espagne", la traduction correcte est "Nächte in den Gärten von Spanien" et non "Nächte in den spanischen Gärten". La traduction de "Nächte in den spanischen Gärten" est "Nuits dans les jardins espagnols".

(von signifie de et aus (heraus, hinaus), SORTI de - deM signifie ici DANS)

Comme en français, il existe le de des noms, comme Jean DE La Fontaine : Konrad von Habsburg

Emprunts

Un nombre important de mots furent empruntés aux dialectes germaniques par le roman et l'ancien français (par ex. heaume, éperon, cible, fauteuil) ; seuls les mots d'origine plus récente sont encore discernables en tant qu'emprunts lexicaux (frichti, ersatz).

À titre d'exemple, voici une liste non exhaustive de mots français provenant de l'allemand ou de l'un des divers dialectes allemands :

 

 

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